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Dr Pascal Cassan, Croix-Rouge française

« Il faut pouvoir se former à tous les âges de la vie ! »

Dr Pascal Cassan
Dr Pascal Cassan, Croix-Rouge française

Dr Pascal Cassan, médecin urgentiste et médecin conseiller national de la Croix-Rouge française

Vous êtes entré à la Croix-Rouge française dans les années 80 : quelle évolution avez-vous constaté dans la formation aux premiers secours depuis ?
La formation aux premiers secours était longue et très théorique, elle est aujourd’hui heureusement plus courte et centrée sur la pratique ! Dans les années 80, cela durait 40 heures et on abordait tous les sujets, depuis la brûlure jusqu’à l’arrêt cardiaque en passant par l’accouchement !
Plusieurs réformes ont réduit la durée des formations, passant par exemple à 15 heures en 1991. De fait, le nombre de personnes formées a augmenté en 30 ans : moins de 50 000 personnes étaient formées par an dans les années 80 par la Croix-Rouge contre plus de 1 million de personnes par an aujourd’hui.
Ainsi, toutes associations et organismes confondus, environ 1,7 million de personnes sont initiées ou formées aux gestes qui sauvent chaque année.
Mais ce n’est pas suffisant : seulement 27% de la population est formée aux gestes qui sauvent en France*  contre plus de 80% dans certains pays européens comme l’Allemagne ou l’Autriche.

Que propose la Croix-Rouge pour inciter les Français à se former ?
Les principaux freins à la formation ont été identifiés : les formations sont jugées par le grand public trop onéreuses, trop longues, trop difficiles, pas assez accessibles…
Nous avons donc adapté nos formations et proposons deux modules complémentaires :
- L’Initiation aux Premiers Secours (IPS) : en 1h30 et gratuitement, on apprend les principaux gestes de protection de la victime, l’alerte des secours, la mise sur le côté d’une victime inconsciente, la réanimation cardio-pulmonaire et aujourd’hui la défibrillation automatisée externe.
- La formation Prévention et Secours Civiques de niveau 1 (PSC-1) : d’une dizaine d’heures et payante (environ 60€), elle englobe en plus les gestes à faire en cas de plaies, de brûlures et de façon générale pour faire face aux accidents de la vie courante.
Ces formations sont très faciles d’accès : en se connectant sur notre site Internet, on peut connaître les prochaines séances dans son département.
Nous allons aussi directement à la rencontre du public, dans les banlieues difficiles, sur les plages par exemple. La formation aux premiers secours est alors parfois vecteur de lien social : dans certaines cités où nous sommes intervenu auprès de jeunes, c’était la première fois qu’ils se « touchaient » entre eux sans violence !
Enfin, nous formons les 800 000 jeunes qui participent chaque année à la Journée d’Appel de Préparation à la Défense via l’initiation à l’Alerte et aux Premiers Secours (IAPS). Espérons que ce dispositif survivra à l’actuelle réforme de la Défense nationale !

Pourquoi la France est-elle en retard en matière de formation de sa population ?
La raison principale est l’inégale formation des enfants. Dans beaucoup de pays, notamment du nord de l’Europe, la formation aux gestes qui sauvent est systématisée et intégrée à la scolarité.
En France, même si un décret et une circulaire d’application de 2006 rendent obligatoire la formation aux premiers secours dès l’école primaire suivie de la formation au PSC1 dans le secondaire, force est de constater que la réalité est bien loin des objectifs visés par la réglementation sur le terrain : la mise en œuvre de ces formations dépend le plus souvent de la dynamique engagée par les chefs d’établissement. Car en l’absence de formation des enseignants, les formations des élèves sont souvent assurées par des opérateurs extérieurs, ce qui implique des coûts financiers et humains. Et donc le plus souvent, les séances de formation relèvent d’initiatives ponctuelles s’appuyant sur les réseaux personnels des établissements scolaires, sans réelle harmonisation nationale.

Quelle serait pour vous la situation idéale de formation du public en France ?
Une formation à tous les âges de la vie ! Qui commencerait à l’école maternelle avec l’apprentissage des gestes d’alerte, puis à l’école primaire avec les premiers gestes pour porter secours et enfin la formation PSC-1 systématique et développée chaque année entre la 6ème et la 3ème.
Nous souhaiterions aussi que la formation aux premiers secours soit couplée à la délivrance du permis de conduire ; elle l’est aujourd’hui seulement pour les chauffeurs professionnels (routiers, chauffeurs de taxi…). Par ailleurs, dans le milieu du travail, la loi a fixé la formation d’1 secouriste pour 20 salariés pour les entreprises à risque. Pour que cela soit encore plus efficace, il faut que cette formation soit régulièrement renouvelée.
Enfin, à l’âge de la retraite, il faudrait promouvoir deux types de formation : l’auto-secourisme du senior centré sur les risques d’accidents, de chutes dont il peut être victime ; et le secourisme à destination de ses proches : pour être en mesure d’intervenir auprès d’autrui, les petits-enfants en particulier.
Et parce qu’après 6 mois, on a oublié 50% de ce qu’on a appris, il faut renouveler régulièrement sa formation, au moins tous les 3 ans, selon les recommandations européennes.
Pour parvenir à ce système idéal, les associations et organismes concernés doivent se regrouper pour parler d’une seule voix. C’est ce que nous avons commencé à faire avec la Fédération Française de Cardiologie et ses partenaires !

Pour en savoir plus : www.croix-rouge.fr

* Sondage LH2 pour la Croix-Rouge Française - Septembre 2007

Arret cardiaque : appeler, masser, défibriller. 1 vie = 3 gestes. en 1h30, apprenez à sauvez une vie. Fédération Française de Cardiologie.
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